Le rôle des femmes au sein des CA

Le rôle des femmes au sein des CA

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Gouvernance
Stratégies d'entreprise
Publié le 13 mai 2021
Lecture : 4 minutes

Le rôle des femmes au sein des conseils d’administration : témoignage de Marie-Hélène Nolet

Les femmes sont encore minoritaires au sein des conseils d’administration (CA). Or de plus en plus de voix s’élèvent pour favoriser la diversité et la reconnaître comme un gage de performance, tant dans les CA que dans postes de haute direction. Marie-Hélène Nolet, nouvellement nommée cheffe de l’exploitation chez Desjardins Capital, et administratrice depuis plus de vingt ans, en est la preuve. Forte de sa vaste expérience en gouvernance d’entreprise, la leader passionnée encourage les entrepreneures à s’impliquer en siégeant aux conseils d’administration d’entreprises. 

Q : Vous êtes entrée en fonction chez Desjardins Capital en janvier dernier à titre de cheffe de l’exploitation. Qu’est-ce qui vous a menée à ce poste de direction?

R : Mon parcours est atypique. Au fil de ma carrière, j’ai eu la chance de travailler pour de petites et grandes entreprises, en démarrage ou bien établies, où j’ai acquis de l’expérience dans plusieurs domaines : fusions et acquisitions, investissement, stratégie, partenariat, gestion et gouvernance. Ces expertises complémentaires m’ont menée chez Desjardins Capital. Cette entité de Desjardins offre des solutions de financement et accompagne les entreprises de différentes tailles dans plusieurs types de projets au cours de leur cycle de vie. Cela a été une alliance naturelle.

Q : En quoi consiste le rôle d’administratrice et d’administrateur au juste?

R : Ce rôle a beaucoup évolué au cours des vingt dernières années, passant d’un rôle principalement axé sur la surveillance à celui d’accompagnateur stratégique. Les administrateurs accompagnent le président-directeur général et son équipe de direction dans les orientations stratégiques et le bon fonctionnement de l’entreprise pour assurer la croissance et la pérennité de l’entreprise. Pour cela, il faut prendre le temps d’écouter, de poser les bonnes questions, de faire des liens et d’ouvrir des portes.

Q : Jeune Chambre de commerce de Montréal, Fondation de l’Institut de recherches cliniques de Montréal (IRCM), Aéroports de Montréal… Au cours des vingt dernières années, vous avez siégé au CA de plusieurs organisations. D’où est né cet intérêt?

R : J’ai fait mes premiers pas dans ce milieu à l’âge de 22 ans. Je travaillais alors dans un grand cabinet comptable. J’avais envie d’élargir mes horizons et mon réseau professionnel. Mon père m’a suggéré de joindre la Jeune Chambre de commerce de Montréal pour rencontrer des professionnels issus d’autres industries — avocats, fiscalistes, entrepreneurs, etc. J’ai suivi ses conseils. Trois ans plus tard, j’étais élue présidente.

Je l’avoue humblement, j’ai fait des erreurs à mes débuts. Il faut se donner la chance d’apprendre, d’observer, de s’informer et de s’imprégner de la culture de l’entreprise. J’ai appris beaucoup au contact des autres. 

La clé pour apprendre les concepts de gouvernance, c’est de s’exposer à cet univers. L’idéal, selon moi, c’est de commencer dans une organisation sans but lucratif. Cela permet de redonner à la communauté, en plus de faciliter le réseautage. J’ai noué des amitiés que j’ai gardées depuis.

Q : En tant que femme, vous êtes-vous sentie souvent en minorité autour de la table?  

R : J’ai grandi dans une famille qui ne faisait aucune distinction entre garçon et fille. Selon moi, tout est une question d’attitude et de confiance en soi. Je n’ai jamais eu peur de poser des questions délicates et de dialoguer.

Je crois que les administrateurs comprennent de plus en plus l’importance de la diversité à tous les niveaux. Il faut dire aussi que les changements apportés à la Loi canadienne sur les sociétés par actions (LCSA)[1] commencent à porter leurs fruits. La quasi-totalité des 100 plus importantes entreprises inscrites en Bourse et soumises à cette loi comptent maintenant au moins une femme à leur conseil d’administration[2]. Par ailleurs, le taux de représentation des femmes dans les conseils d’administration de l’ensemble des sociétés d’État visées par la Loi sur la gouvernance des sociétés d’État a atteint 51,6 % au 31 décembre 2020[3].

N’empêche, il reste encore beaucoup de travail à faire. En 2020, le nombre total de postes d’administratrices au pays atteignait seulement 20 %[4]. Et la parité n’est toujours pas atteinte au sein des CA des PME au Québec. Non seulement les femmes sont sous-représentées, elles se retrouvent souvent dans des domaines d’activité associés aux rôles traditionnellement féminins, comme le secteur des services[5].

Q : À votre avis, pourquoi tant de femmes hésitent-elles encore à endosser un rôle d’administratrice?

R : Peut-être par peur. Souvent, on minimise l’expérience acquise au cours de notre carrière. Certaines femmes veulent avoir la note parfaite avant de se lancer, alors que d’autres se disent : « Je suis assez compétente, je peux le faire! » Or, on apprend souvent en le faisant.

D’autres facteurs viennent freiner l’accès des femmes aux CA des organisations, que ce soient les préjugés ou la difficile conciliation travail-famille. Il ne faut pas se le cacher, siéger à un CA s’accompagne de responsabilités et requiert du temps. Certains moments sont plus propices que d’autres pour s’impliquer. Pour celles qui sont en position de le faire, c’est très enrichissant. 

Q : Quels sont les intérêts pour les entreprises à valoriser la place des femmes dans les CA?

Côté performance, il a été démontré que les entreprises qui brillent le plus sont celles dont l’équipe de gestion présente une parité hommes-femmes se situant entre 40 et 60 %. La même étude précise que sous les 40 %, les équipes seraient moins performantes, alors qu’à plus de 60 %, elles seraient plus stables[6]. Cet aspect de complémentarité dans un CA permet en plus aux organisations de se positionner comme un chef de file de la promotion de l’égalité et de la parité. En amenant plus de femmes autour de la table des CA, notre écosystème économique serait sûrement plus fort.

Q : Les hommes participent aussi à cette évolution. Qu’est-ce qu’un bon allié?

R : Les alliés sont des personnes qui apportent leur appui aux femmes en favorisant l’introspection et en les soutenant dans leurs démarches. Un allié peut être aussi bien un homme qu’une femme, en fait.

Au cours de ma carrière, j’ai considéré comme alliées les personnes qui ont joué un rôle de promoteur à mon égard, notamment lorsque j’étais une jeune professionnelle. Elles m’ont amenée à réfléchir et à mieux me connaître en me posant la question suivante : « Parmi tes expériences, lesquelles pourraient te servir? » Elles m’ont encouragée à lever la main et à partager mes idées.  

Q : Desjardins Capital a mis sur pied un programme de formation en gouvernance des PME qui prépare des femmes à siéger à des CA. Vous aurait-il été utile à un moment ou à un autre de votre carrière? 

R : D’abord, laissez-moi vous expliquer rapidement le programme. Le Programme de formation en gouvernance des PME de Desjardins Capital a pour but d’augmenter le nombre de femmes dans les conseils d’administration de ses entreprises membres/clientes. Lorsque Desjardins Capital prend une participation en équité dans une entreprise, il en devient actionnaire et un conseil d’administration est mis en place. L’initiative consiste à bâtir une communauté d’entrepreneures — à les former et à les outiller pour qu’elles se sentent habilitées à agir comme administratrice — pour ainsi répondre à un besoin de nos entreprises partenaires qui ont exprimé le souhait d’avoir davantage de femmes dans leur CA.

Ce programme est un véritable tremplin qui permet aux femmes d’enrichir l’écosystème de gouvernance de nos entreprises. Bien sûr que j’aurais aimé suivre cette formation au début de mon parcours!

Q : Selon vous, comment peut-on contribuer individuellement et collectivement à la relance économique liée à la pandémie?

R : La pandémie nous a appris qu’il faut ramer toutes et tous ensemble pour faire avancer le bateau. Notre responsabilité collective est d’autant plus importante. Les conseils d’administration ont un rôle prédominant à jouer, en raison des décisions stratégiques qu’ils prennent pour l’entreprise. Comme citoyenne et citoyen, on peut aussi contribuer à la pérennité de nos entreprises et au dynamisme des collectivités en accompagnant, par exemple, une équipe de direction dans un projet porteur.

Q : En terminant, que diriez-vous à une femme qui souhaite s’impliquer au sein d’un CA et qui hésite à le faire? 

R : Participer à l’évolution d’une entreprise est extrêmement gratifiant. Toutes ces discussions formelles et informelles avec des gens de différents horizons nous propulsent vers l’avant.

Retenons que c’est lorsqu’on sort de sa zone de confort qu’on va chercher le meilleur de soi-même et que la magie opère. Il faut se faire confiance et saisir les nouvelles opportunités.

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[1] Depuis le 1er janvier 2020, les sociétés régies par cette loi, et dont les titres sont cotés en bourse, sont tenues de fournir aux actionnaires des renseignements sur leurs politiques et pratiques en matière de diversité au sein du conseil d’administration et de la haute direction, y compris le nombre et le pourcentage de membres du conseil et de la haute direction qui sont des femmes, des Autochtones, des membres de minorités visibles et de personnes ayant une incapacité.

Le Canada est le premier territoire de compétence à exiger la divulgation de la diversité au-delà du genre

[2] Femmes administratrices

[3] Les femmes dans les conseils d'administration des entreprises québécoises

[4] Femmes sur les conseils d’administration : des progrès, mais loin d’une parité

[5] Les femmes dans les conseils d’administration des entreprises québécoises

[6] Femmes administratrices